La Conquête de la peur
Basil King, 1921
Pourquoi avons-nous peur presque tout le temps, alors que le malheur n'arrive que rarement ? Basil King, qui perdait la vue et sa capacité de travailler, s'est mis à noter ce qui l'aidait à tenir bon. Le livre qui en est né raconte comment un changement de regard sur les difficultés, sur les gens et sur Dieu affaiblit la peur de l'avenir, de l'hostilité d'autrui et de la pauvreté.
Pour qui
Pour ceux qui se réveillent avec la pensée « Bon, et maintenant ? », qui attendent un piège de la part des gens et qui ne dorment pas au petit matin à cause de l'argent. Et pour ceux qui veulent savoir comment un homme du début du XXe siècle cherchait un appui contre la peur dans la foi.
Nous comparons sans cesse nos moments les plus sombres aux moments les plus lumineux de nos amis.
Bon, et maintenant ?
Souviens-toi d'un matin où l'angoisse se réveille avant toi. Avant même d'ouvrir les yeux, tu penses aux affaires qui t'agacent et à une conversation désagréable. Basil King décrit ce sentiment dans les premières lignes de son livre, et il est convaincu qu'il est familier à presque chacun. Une mère a peur pour ses enfants, un père pour son affaire, un employé pour sa place. Nous ne tombons pas malades tout le temps et ne nous trompons pas tout le temps, mais nous avons peur, selon lui, presque constamment.
Chez King lui-même, la peur était le fond de toute la vie. Enfant, il avait peur d'aller se coucher, puis il a eu peur de l'école, et à l'adolescence il avait une formule habituelle avant chaque nouvel événement : « Bon, et maintenant ? » Il se souvient qu'étrangement personne ne lui avait appris à lutter contre la peur. On la considérait comme une donnée aussi certaine que la mort.
Le livre « La Conquête de la peur » est paru en 1921, et il n'a pas été écrit par un théoricien. À cette époque, King perdait la vue depuis plusieurs années et souffrait gravement. Il prévient d'emblée : il n'y aura pas de recette, seulement le récit honnête de l'expérience d'un seul homme.
Le soutien qu'y trouve King est religieux. Il croyait que le monde est bienveillant envers l'homme et que Dieu ne punit pas, mais aide. Nous reprenons ces pensées comme ses convictions, et non comme des faits démontrés. La suite parlera d'un chien qui aboie près du perron, d'une conversation avec une inconnue sur la façon dont il se représentait Dieu, de quarante-huit heures qui ont changé son travail et de matins sans sommeil à cause de l'argent.
Le fleuve contourne le rocher
Petit garçon, King allait souvent faire une commission dans une maison où l'accueillait un skye-terrier qui aboyait. Dès les premiers pas sur l'allée, ses genoux tremblaient. Pourtant, même alors, il lui semblait qu'une telle terreur n'avait pas sa place dans la vie. Il n'avait pas assez de raisonnement pour aller plus loin : il se traînait jusqu'au perron, et l'ennemi s'enfuyait chaque fois.
Des années plus tard, la peur l'a rattrapé pour de bon. Malade, perdant la vue, sans travail, il a passé un automne seul dans les tristes parcs de Versailles. C'est alors qu'il se rappela une pensée que son professeur lui avait lancée autrefois : la vie sur la Terre n'a jamais capitulé. On l'a chassée de l'eau, et elle est sortie sur la terre. On l'a chassée sur la terre, et elle s'est élevée dans les airs. Contre un danger, elle se faisait une carapace, contre un autre un dard, dans le froid une fourrure, et rejetée sur la rive, elle se fabriquait des poumons.
King en a tiré l'essentiel. Les animaux, avant l'homme, ne connaissaient pas l'angoisse à l'avance : celle-ci exige la mémoire et l'imagination. Donc la capacité d'avoir peur est apparue avec la raison, c'est-à-dire avec celle de chercher une issue. Pour King, la peur appelle à mettre en œuvre de nouvelles forces, elle ne prononce pas de condamnation. Et si l'on ne peut pas passer tout droit, on peut contourner, comme le fleuve contourne le rocher qu'il ne peut pas franchir.
La méthode est simple à énoncer et difficile à mettre en pratique. Ne pas fuir les gens ni les circonstances, mais agir comme si la vie était organisée pour ton bien, comme autrefois avec le terrier. Quand le découragement ou l'apitoiement sur soi montaient, King répétait une même phrase : l'affaire qui est devant lui est la sienne, et il faut s'y mettre comme si tout ce qui est nécessaire était déjà là.
Les gens se sont révélés plus bienveillants, les affaires ont avancé plus facilement, la peur a diminué et la tête s'est libérée pour le travail. King avoue qu'il n'a pas réussi à vaincre la peur. Il s'y est seulement opposé avec hésitation, mais cela aussi a donné un résultat sensible.
L'auteur
Basil King (1859-1928), écrivain canadien, ancien prêtre anglican. Il a quitté le ministère à cause de la maladie et de la baisse de sa vue, et est devenu l'auteur de romans populaires et de livres sur la foi.
Tous les livres de l'auteur: Basil King
Notions du livre
- tuberculose
- Paul
- skye-terrier: Race de petits chiens à poil long, originaire de l'île écossaise de Skye.
- Joubert: Joseph Joubert (1754-1824), écrivain et moraliste français, connu pour ses carnets de courtes réflexions.
- Saranac: Saranac Lake, petite ville des monts Adirondacks, dans le nord de l'État de New York. À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, c'était un lieu réputé pour soigner la tuberculose.
- Stratford-upon-Avon: Petite ville anglaise où est né William Shakespeare.
- métanoia: Mot grec du Nouveau Testament, généralement traduit par « repentance ». King le comprend comme un tournant paisible de l'esprit, un changement de regard.
- Mammon: Mot de l'Évangile désignant la richesse. Chez King, c'est l'image d'un faux dieu : la croyance que tout ce qui est nécessaire à la vie dépend seulement de l'argent et des lois économiques.
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