La méthode Murdoch. Comment les médias deviennent un pouvoir
Irwin Stelzer, 2018
En 1952, Rupert Murdoch, étudiant à Oxford âgé de vingt et un ans, perd son père et hérite d’un seul journal d’Adélaïde, The News. Il rentre en Australie et se met au travail. Soixante ans plus tard, ses entreprises publient des tabloïds et des journaux destinés aux élites, diffusent par satellite, produisent des films et décident quelle information des millions de personnes verront en premier.
Irwin Stelzer a été le conseiller de Murdoch pendant de longues années. Il analyse ce qui a façonné cet homme : son goût du risque, sa méfiance envers l’establishment et sa manière inhabituelle de diriger. Il parcourt les grands tournants, du rachat des journaux britanniques et des studios Fox au scandale des écoutes téléphoniques, pour montrer comment un empire médiatique est né d’un seul journal.
Pour qui
Pour qui veut comprendre comment les propriétaires de médias accumulent de l’influence, orientent l’attention et transforment l’information en ressource politique.
Je suis un catalyseur de changement. On ne peut pas rester un outsider et réussir pendant trente ans sans laisser quelques cicatrices autour de soi.
De quoi parle ce livre
Il est facile d’imaginer le pouvoir médiatique comme un homme qui tient entre ses mains un journal, une chaîne de télévision et l’agenda politique. Pourtant, ce pouvoir tient rarement à un seul bouton. Il se construit au fil des années grâce à la propriété des médias, aux habitudes du public, à des conflits bien choisis et à l’accès aux décideurs. C’est là que réside l’énigme Murdoch : il ne se contentait pas de rapporter les nouvelles, il construisait un système qui décidait, encore et encore, lesquelles les gens verraient en premier.
Ce livre n’est ni une biographie ni un mode d’emploi pour devenir plus impitoyable. C’est une analyse de l’histoire publique de Rupert Murdoch : comment un journal d’Adélaïde est devenu un conglomérat médiatique international, pourquoi une ligne éditoriale tapageuse peut servir d’outil commercial et pourquoi même le système le plus puissant n’efface pas le coût d’une erreur. Nous avons vérifié les faits à partir de sources ouvertes et indiquons clairement quels exemples sont de notre invention.
Idée 1. L’influence commence par la répartition de l’attention, pas par l’opinion
Murdoch n’a pas hérité d’un empire tout fait. En 1952, à la mort de son père, Rupert, vingt et un ans, reçoit un seul journal à Adélaïde : The News. Tout le reste, il le construit lui-même. En 1969, il achète le quotidien londonien The Sun et le relance en deux jours sous forme de tabloïd : plus court, plus incisif, plus émotionnel. Le tirage double la première année et, en 1978, le journal dépasse le Daily Mirror, longtemps resté en tête.
L’essentiel n’est pas le nombre d’exemplaires. Murdoch comprend très tôt que les médias ne vendent ni du texte ni du temps d’antenne. Ils vendent une place dans la tête du lecteur : ce qu’il remarquera le matin, ce dont il parlera dans la journée, le problème qu’il jugera urgent. Posséder le canal de diffusion apporte donc plus que le droit de publier un article. Cela permet de choisir régulièrement le point de départ de la conversation collective.
Une erreur fréquente consiste à attribuer l’influence à une publication particulièrement réussie. En réalité, elle s’accumule par la répétition : le public revient à une source familière et finit par considérer son choix de sujets comme l’ordre naturel des priorités.
Comment l’appliquer : quand tu évalues un média, regarde non seulement ce qu’il pense, mais aussi les sujets qu’il rend visibles et ceux qu’il ignore.
Cet exemple appartient à notre présentation, pas à la biographie. Une personne ouvre chaque matin la même application d’information. Elle n’est pas obligée d’en partager les conclusions, mais elle reçoit déjà une liste de ce qui est censé compter aujourd’hui. Elle passera ensuite sa journée à réfléchir dans les limites de cette liste.
Celui qui répartit les premières minutes d’attention ne commande pas directement les pensées, mais détermine la question dont les gens commenceront à débattre.
L'auteur
Irwin Stelzer, économiste et consultant américain, a conseillé Rupert Murdoch pendant environ 35 ans. Il décrit ici la méthode Murdoch de l’intérieur, sans réquisitoire, mais sans flatterie non plus.
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