Les 5 blessures qui empêchent d'être soi-même
Lise Bourbeau, 2000
Pourquoi un seul mot maladroit d'un proche peut-il faire aussi mal que si l'on touchait une vieille plaie ? Lise Bourbeau pense que presque chacun de nous porte des blessures de l'âme venues de l'enfance, et des masques derrière lesquels nous les cachons. Le livre décrit cinq de ces blessures, leurs masques et sa méthode pour redevenir soi-même. C'est un système propre à l'autrice, pas une théorie scientifique, et Bourbeau elle-même propose à chacun de le vérifier dans sa propre vie.
Pour qui
Pour toutes les personnes qui se sentent blessées de la même façon année après année, par des gens différents. Et pour toutes celles qui veulent comprendre pourquoi leurs proches réagissent parfois plus vivement que la situation ne le demande.
Tu n'es plus ce petit enfant qui n'avait pas la force de panser sa blessure.
La plaie sous le pansement
Imagine une personne qui a une vieille plaie au bras. Elle s'y est habituée depuis longtemps et l'a enveloppée d'un pansement pour ne plus la voir. Un jour, un ami, tout joyeux, l'attrape par ce bras. La personne crie de douleur, et l'ami reste désemparé : il voulait la prendre dans ses bras, pas lui faire mal. L'ami est-il coupable ?
C'est avec cette image que Lise Bourbeau, écrivaine canadienne, explique l'idée principale de son livre. Selon elle, beaucoup d'entre nous portent des plaies de ce genre, sauf qu'elles sont dans l'âme et viennent de l'enfance. Bourbeau les appelle des blessures. Le pansement sur la plaie, c'est le masque : une façon de se comporter que l'on a inventée enfant pour ne pas sentir la douleur. Le masque cache la blessure, mais ne la soigne pas. C'est pourquoi chaque contact avec l'endroit sensible fait mal, et nous avons l'impression que c'est la faute de celui qui l'a touché.
Bourbeau pense que presque chaque enfant passe par quatre étapes. D'abord, il se réjouit simplement de vivre et de pouvoir être lui-même. Ensuite, il remarque que, tel qu'il est, il ne plaît pas aux adultes, et il en souffre. Puis il se révolte. Et pour finir, il cède et joue le rôle que l'on attend de lui. Voilà comment, selon son modèle, naissent les masques.
Selon Bourbeau, il n'y a que cinq blessures, et chacune a son masque. Qui a été rejeté devient fuyant. Qui a été abandonné devient dépendant. Qui a été humilié met le masque du masochiste. Qui a été trahi devient contrôlant. Et qui a subi une injustice devient rigide, c'est-à-dire dur.
Précisons-le tout de suite : c'est le système personnel de l'autrice. Il est né de ses séminaires et de sa conviction que l'âme choisit elle-même sa famille avant la naissance. Bourbeau va plus loin encore : elle est sûre que le masque se voit à la forme du corps et que les masques sont liés aux maladies. Elle écrit clairement que ses conclusions ne reposent sur aucune preuve scientifique, et elle demande de ne pas les rejeter d'emblée, mais que chacun les vérifie dans sa propre vie. C'est ainsi qu'il vaut mieux lire ce livre. Commençons par la blessure la plus précoce.
La petite fille derrière l'armoire
Des invités sont arrivés à la maison, et les parents les accueillaient sur le pas de la porte. À ce moment-là, une petite fille s'est cachée derrière l'armoire. Bientôt, tout le monde a remarqué qu'elle n'était plus là, et l'on s'est précipité pour la chercher. La petite fille entendait l'inquiétude des adultes monter, mais elle ne sortait pas. Elle se disait : « Je veux qu'ils me trouvent. Je veux qu'ils comprennent que j'existe. »
Bourbeau raconte cette histoire pour illustrer la blessure la plus précoce. Selon son modèle, c'est la blessure de rejet, et elle apparaît dans la première année de vie, parfois même avant la naissance. Rejeter, explique Bourbeau, c'est repousser quelqu'un et ne pas vouloir de lui à ses côtés. C'est pourquoi la personne rejetée sent que son droit même de vivre est mis en doute. La petite fille derrière l'armoire doute tellement de ce droit qu'elle le met à l'épreuve : va-t-on remarquer qu'elle n'est pas là ?
Pour ne pas ressentir cette douleur, la personne met le masque du fuyant. Elle essaie de passer inaperçue et se réfugie dans son monde imaginaire. Bourbeau l'a souvent observé pendant ses séminaires de deux jours. À la fin, chacun racontait ce que les séances lui avaient apporté, et soudain prenait la parole quelqu'un qu'elle n'avait pas remarqué pendant ces deux jours. Cette personne était assise derrière tous les autres et se taisait. Presque tous ces participants expliquaient qu'ils n'avaient rien d'intéressant à dire.
D'où un cercle vicieux. Le fuyant se cache pour ne pas être rejeté. Les gens cessent de le remarquer, il se sent encore plus seul, et il a d'autant plus le sentiment que personne n'a besoin de lui. Même son désir de tout faire parfaitement vient, selon Bourbeau, de la même blessure. Le fuyant ne croit pas avoir de la valeur par lui-même et cherche à prouver ce qu'il vaut par un travail irréprochable. Il confond « être » et « faire ».
Dans les paroles du fuyant reviennent souvent les mots « personne », « rien », « disparaître ». Ce qu'il craint le plus, c'est la panique. Quand on l'interrompt, il se tait aussitôt et décide qu'il ne mérite pas qu'on l'écoute. Une personne sans cette blessure, dans la même situation, penserait que c'est sa phrase qui n'était pas intéressante, et non elle-même.
Comment savoir que la blessure guérit ? Selon Bourbeau, tu prends peu à peu de plus en plus de place et tu t'affirmes avec plus d'audace. Et si quelqu'un se comporte comme si tu n'existais pas, cela ne te fait plus perdre pied.
L'auteur
Lise Bourbeau est une écrivaine canadienne du Québec, autrice de 13 livres, dont le best-seller « Écoute ton corps ». Elle a fondé au Québec une grande école de développement personnel qui est présente dans tout le monde francophone.
Tous les livres de l'auteur: Lise Bourbeau
Notions du livre
- Autonomie
- Blessure: Le nom que Bourbeau donne à une plaie de l'âme venue de l'enfance, qui fait mal chaque fois qu'on la touche. C'est le mot de l'autrice, pas un diagnostic médical.
- Masque: Dans le modèle de Bourbeau, c'est une façon de se comporter que l'on a inventée enfant pour ne pas sentir la douleur de la blessure. Le masque cache la blessure, mais ne la soigne pas.
- Fuyant: Le masque de la blessure de rejet dans le système de Bourbeau : la personne essaie de passer inaperçue et se replie sur elle-même. C'est une image de l'autrice, pas un diagnostic.
- Dépendant: Le masque de la blessure d'abandon dans le système de Bourbeau : la personne cherche sans cesse du soutien et de l'attention, et ce qu'elle craint le plus, c'est la solitude.
- Masochiste: Chez Bourbeau, le masque de la blessure d'humiliation : la personne prend d'elle-même sur ses épaules les soucis et les fardeaux des autres. Ici, le mot n'a pas le sens qu'il a dans la langue courante.
- Contrôlant: Le masque de la blessure de trahison dans le système de Bourbeau : la personne veut tout prévoir et tout vérifier, parce qu'elle a peur d'être trahie.
- Rigide: Ce nom vient d'un mot latin qui signifie « dur, inflexible ». Chez Bourbeau, c'est le masque de la blessure d'injustice : la personne exige d'elle-même la perfection et cache ses émotions.
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